dimanche 7 novembre 2010

Théâtre 2010


Présentation de scènes lors de l’assemblée générale de l’association
ENTRE LES ENCRES à la maison des associations du 9e.

Lauréline et Clémence vont vous présenter des extraits de trois pièces très différentes dans des registres très éloignés les uns des autres. La première pièce, de Sophocle, nous vient de l’antiquité grecque et conte l’histoire tragique et sanglante de meurtres au sein d’une famille mythologique. La seconde, une comédie de Molière, nous vient du temps du Roi Soleil et conte les ridicules de certaines modes féminines de l’époque. La troisième, de Eugène Ionesco, nous vient du XXe siècle, époque où les traditions artistiques sont remises en causes. L’écriture de Ionesco est dite « absurde » parce qu’elle ne suit pas le fil habituel de la réalité. Mais ce qu’elle raconte ne nous renvoie pas moins à certaines réalités des rapports humains, avec un humour parfois grinçant…

Pour approcher la dimension tragique ou hiératique des personnages de Sophocle, Lauréline et Clémence se sont adonnés à d’exigeants exercices vocaux et corporels. Improvisant des « danses-histoires » sur les musiques de leur choix, elles ont aussi passé plusieurs heures à s’ancrer dans une marche lente au raz du sol pour renforcer la continuité de l’attention exigée par ce texte complexe. Pour Ionesco, les « danses-histoire » ont aussi été sollicitées pour développer l’imaginaire à partir de la « dramaturgie » musicale, avec des imitations d’animaux et de création de voix et de démarches de personnages à partir d’eux !

Un public ne soupçonne souvent pas ce travail préparatoire à l’interprétation du texte, c’est pourquoi il nous a semblé utile de vous en faire part ! 


1er extrait : Electre de Sophocle. Début de la pièce, échange entre Electre et sa sœur Chrisotémis.

Les deux sœurs sont filles du roi Agamemnon. Ce dernier, pour permettre aux navires de quitter le port afin d’engager la guerre de Troyes, dût accepter de sacrifier aux dieux l’une de ses autres filles : Hyphigénie. La mère, Clytemnestre, décidât de venger sa fille sacrifiée. Avec son amant Egiste, elle attendit le retour d’Agamemnon pour le tuer à coups de hache sous les yeux horrifiés d’Electre. Electre à son tour se mit à crier vengeance et envoya son petit frère Oreste, encore enfant, loin du couple meurtrier.

Quand la scène que nous allons voir a lieu, la mère, Clytemnestre, et son amant, Egiste, ont pris le pouvoir royal. Electre, qui leur rappelle sans cesse leur crime, est constamment victime de mauvais traitements. Sa sœur, Chrisotémis, qui ne veut pas subir le même sort, cache sa révolte et obéit aux ordres de sa mère. Elle tente de convaincre Electre d’adopter la même attitude car sans leur frère, Oreste, elles n’ont pas la force nécessaire pour vaincre Egiste par les armes. Et même si Oreste doit avoir atteint l’âge d’homme et doit revenir pour venger le père assassiné, les deux sœurs ne savent pas même s’il est en vie.

2nd extrait : Les Précieuses Ridicules de Molière. Scène 6, Acte I (nous sommes ici aussi au début de la pièce).
Magdelon et sa cousine Cathos, sont deux bourgeoises qui rêvent de s’élever dans la société mais qui tiennent par-dessus tout à suivre la mode de l’époque. Cette mode consiste à se parer dans un style très compliqué avec forces rubans et onguents, lire les « romans roses » du jour comme « la carte du tendre », et  nommer les choses par périphrases alambiquées. Un fauteuil devient « les commodités de la conversation », un miroir devient « le conseiller des grâces »… Intolérante à toute personne qui ne respecte pas leurs codes, les deux femmes ont rejetés la demande en mariage de leurs prétendants dénués de style. Ceux-ci décident de les tourner en ridicule pour se venger et leur envoient leurs valets, déguisés en marquis à la dernière mode.

Dans cette scène, nous verrons la servante Marotte annoncer l’arrivée de l’un de ces visiteurs à Magdelon. C’est le contraste dans l’expression des deux personnages qui crée le comique et nous profiterons de ce court extrait pour inverser les rôles et jouer avec le théâtre en montrant qu’un même personnage peut être interprété de mille façons selon l’interprète et selon ses choix d’interprétation ! Nous verrons donc deux versions de la même scène  avec tantôt l’une, tantôt l’autre, en bourgeoise à la mode ou en humble servante…

3e extrait : La Leçon de Ionesco.
Dans cette pièce un professeur reçoit une nouvelle élève à son domicile pour lui enseigner le calcul et la linguistique. La bonne apparaît comme un tiers qui tente d’éviter une situation catastrophique dont on ne comprend qu’à la fin la nature : le professeur, cédant à une colère irrépressible, assassine ses élèves les unes après les autres et entasse les dépouilles de leurs cahiers d’exercices dans un coin de la pièce avant de recevoir chaque nouvelle victime.
Entrant innocente et enthousiaste devant un professeur encore confus de son dernier acte de violence, l’élève est peu à peu acculée face au nouvel accès du professeur.

Nous assistons donc à l’inversion d’un rapport de force entre l’élève et le professeur et c’est cet aspect du texte de Ionesco que nous avons cherché à mettre en avant dans un extrait qui pourrait paraître absurde mais qui n’est pourtant pas dénué de sens. Nous nous sommes inspiré des animaux pour créer ces personnages. Lauréline a choisi un professeur serpent et Clémence un élève tigron ! C’est le résultat de ces exercices que vous allez voir.

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